lundi 2 janvier 2012

histoire de l'affiche politique (Clélia Valin-Guénégo)

Après des sujets de Recherche Appliquée (« travailles d'abord ») et d’Étude De Cas (« accents ») où nous nous sommes intéressé au monde du graphisme par le biais d'affiches, je vais tenter d'approfondir ma recherche en me focalisant plus particulièrement sur les affiches politiques qui comblent notre quotidien depuis la première guerre mondiale.

Une affiche est d'abord un contact avec la population imposé dans un espace public, afin de transmettre un message par le biais de texte et/ou d'image. Dans un premier temps, ce fût le texte qui construisait l'affiche, l'image était secondaire (voire inexistante) ; puis peu à peu l'illustration est devenue un mot à part entière. La politique a commencé à utiliser l'affiche comme outil de propagande dès 1915 (c'est-à-dire durant la première grande guerre) : tout d'abord les affiches furent instrumentalisées afin de faire peur de l'ennemi (cf keep these off the USA de John Norton 1915). Puis est arrivé la deuxième « phase » affichiste : l'affiche manipulatrice. Ces affiches montraient principalement les actes barbares du camp adverse, et entraînaient la population à poursuivre l'effort de guerre : quand l'affiche autrichienne de Sujan (1917) est placardée aux murs, elle relance l'élan national belliqueux ; en représentant un homme avec un bras en moins, elle choque. Puis manipuler la population pour qu'elle fasse plus d'efforts ne suffit plus, les premières révoltes ont lieu dans les tranchées... En 1916, les affiches deviennent des moyens chocs afin d'enrôler, d'entraîner la population entière dans cette guerre. L'affiche I want YOU for U.S.Army de l'américain James Montgomery permet en 1917 d'enrôler 10 000 soldats de plus ! Sous une apparence patriotique, l'affiche politique naît véritablement, en utilisant massivement des images « chocs ».

Le triomphe de l'affiche politique se passe durant la deuxième guerre mondiale et la guerre froide. Les affiches, morbides, représentent longtemps des squelettes, des meurtres..., c'est un univers très sombre qui est mis en place, mais possédant quelques codes : les couleurs sont souvent bichromes (étant chères et peu nombreuses), l'affiche est basé sur des symboles simples et généralement géométriques. Tout se simplifie afin d'interpeller rapidement le spectateur (cf Lisez Molodaya Gvardia de Vladimir Maïakovski et Aleksander Rodtchenko, 1924). Puis durant la guerre froide où USA et URSS cherchent à montrer leur supériorité, on voit apparaître des canons qui représentent le beau ouvrier musclé, le valeureux soldats... Des personnages idylliques apparaissent afin de promouvoir tel ou tel pays (cf La société socialiste vers la toute-puissance économique, affiche soviétique) ; tandis que les ennemis sont caricaturés à l'extrême, ils sont gros, fourbes... (cf Jo-Jo la colombe, affiche anticommuniste de 1950).

Ensuite dans les années 1970 le photo montage se démocratise, ce qui permet de renouveler les affiches capitalistes et communistes en utilisant des photographies et des nouvelles couleurs (cf affiche de propagande soviétique (1924-1953), anonyme). Ce principe de photo montage va peu à peu remplacer l'affiche basée sur le dessin et la sérigraphie, et aujourd'hui c'est le moyen le plus utilisé dans le graphisme (voire le seul dans certains domaines).

Malheureusement la démocratisation des outils multimédias (ordinateur, télévision...) a entraîné à partir des années 1990 une baisse des productions des affiches politiques, elles sont remplacées par des affiches publicitaires, commerciales (cf campagne publicitaire de Benetton par le photographe Oliviero Toscani). Aujourd'hui l'affiche n'est plus un réel outil de communication politique, c'est devenu un outil graphique ; la vidéo l'a peu à peu remplacée.

Cependant nous ne sommes plus en guerre ouverte, les enjeux politiques ne sont plus aussi importants que durant les guerres mondiales, ce qui pourrait expliquer cette diminution de la production des affiches politiques. En effet nous avons pu voir que lors d'une guerre, les efforts politiques étaient au maximum afin de choquer, d'interpeller, la population pour qu'elle se joigne – sans trop réfléchir – aux efforts économiques et humains. Peut-être que sous une dictature ou dans un pays en guerre ces affiches sont plus frappantes ? Nous pouvons aussi nous demander si les affiches politiques sont toujours présentes, mais que nous ne les voyons plus comme telles... Peut-être sommes nous devenus aveugles à la propagande nationale suite à un désintéressement politique et une préoccupation désormais purement consommatrice...

références : Terroriser, manipuler, convaincre ! Histoire mondiale de l'affiche politique de Laurent Gervereau (éditions d'Art) Mémoire de l'affiche de F. Ghozland (éditions Milan)