samedi 12 novembre 2011

Art actuel (Clélia Valin-Guénégo)

Lorsque l'on parle d'« Art », nous associons à ce mot des œuvres passées, datant – pour la plupart – de la Renaissance. Par conséquent, nous connaissons peu l'Art d'aujourd'hui. Je vais donc m'intéresser à certaines tendances, certains mouvements actuels. Durant des siècles, voire des millénaires, l'Art avait une fonction esthétique ou une connotation religieuse (et même dans ce cas, le « beau » importait). Les sculptures, les tableaux... ont longtemps représenter les dieux, les rois ou la classe sociale « dominante » du pays. La libération du sujet et des techniques dans l'Art a (principalement) eût lieu pendant le XXème siècle avec les mouvements proto-modernes, même si auparavant certains artistes ont pris des risques : l'Origine du Monde de Courbet date de 1866, et c'est une claque visuelle qui a beaucoup choqué et qui choque toujours ! Si beaucoup considère que l'Art c'est libéré au XXème siècle, c'est principalement dû au fait que les manifestations artistiques se sont développées à cette époque par le biais des musées, des biennales, de la démocratisation des expositions... Ici, je vais surtout m'intéresser à l'héritage du pop art, puis aux nouvelles formes d'art liées à la politique du scandale, au corps et à l'identité.


Le pop art est le premier mouvement après la Seconde Guerre Mondiale à s'intéresser à la culture de masse, fait qui pourrait expliquer sa longévité et justifier qu'il ait survécu aux nouveaux mouvements. De plus, l'une de ses principales caractéristique est son côté « simple », voire infantilisant. Les portraits de Wahrol sont souvent basés sur la technique du pochoir, de la sérigraphie, de la photo... ; son travail n'a pas l'aspect minutieux et travaillé d'un De Vinci. Les pandas de Rob Pruit représentent seulement des pandas ; derrière les œuvres dîtes « pop art », il n'y a pas forcément de discours (politique ou social). L'iconographie pop continue (et continuera) à jouer un rôle important, car elle est associée aux nouvelles technologies qui modèlent notre société ; et, au cours du temps, elle a développé une vision de l'Art liée aux couleurs contrastées et saturées, aux formes simplifiées voire abstraites. Cet héritage reste important, mais comme toute chose il évolue : les artistes qui l'utilise commencent à avoir un discours critique portant principalement sur notre société capitaliste et médiatique. Prenons l'exemple de Tony Ourster qui critique l'égocentrisme de notre société par le biais de vidéos où apparaissent des visages colorés et torturés, souffrants, ou désapprobateurs.
Cet héritage a eût un impact sur les formes d'art qui ont donné naissance à l'Art du scandale, du corps et de l'identité. La politique du scandale a des origines anciennes (Füssli, Adolfo Wildt...) ; mais les années 90 et le début du XXIème siècle correspondent à l'explosion de cette « philosophie artistique ». La volonté de choquer et de questionner est très présente dans les œuvres de Barbara Nahmad (Sans titre : couple de femmes, 2000), de Oleg Kulik (Deep into Russia, 1993), de Zoran Naskovski ( The Origin of the World, 1197), de Sun Yuan et Pen Yu (Soul Killing, 2000), et bien d'autres... Les sujets les plus abordés sont liés au sexe, à la mort, à l'enferment... Ce mouvement a longtemps subi (et subi toujours) une censure importante et une certaine stigmatisation de la part d'une grande partie de la population. La question du corps et de l'identité peut être liée au scandale, mais la plupart du temps le message prime sur la forme. Vanessa Beecroft est l'une des plus célèbres « performeuses » de ce courant : elle met en scène des corps dénudés de femmes afin de promouvoir certaines idées féministes (libération, parité...). Oreet Ashery interroge son identité sexuelle (féminine) et culturelle (juive) : Self-Portrait as Marcus Fischer (2000) est le portrait d'un rabbin avec des seins. La question de l'identité est aussi très forte dans les œuvres Thierry Fontaine (La Réunion : Sculpture # 3, 1998), de Zhang Huan (Family Tree, 2000)... Tous ces artistes ont le point commun de mettre en scène des corps afin de questionner nos idées préconçues de notre société, de notre monde.

L’Art actuel est donc basé sur des idées actuelles, mais les techniques sont originaires du pop art (photo, collage, superposition...). De plus, les œuvres sont conçues pour qu'on s'en souvienne, par conséquent elles choquent, elles imposent, car le message est plus important que la forme. Les œuvres du passé étaient minutieuses, travaillées..., aujourd'hui tout est simplifié grâce aux nouvelles technologies. Mais la volonté de choquer, de détonner, ne serait-il un nouveau et unique mouvement du scandale et de l'Homme ?

référence(s) : Art Tomorrow, regard sur les artistes du futur, 2007, de Edward Lucie-Smith, édition Pierre Terrail