vendredi 4 janvier 2008


Chloé

RAYMOND DEPARDON,

instants volés


D'après Raymond Depardon, 1957-1977, Les années Déclic.

Fils de cultivateurs, Depardon a ; dès son enfance ; touché à la photographie. Il livre dans ses clichés toute l'émotion de l'instant, nous plonge dans l'atmosphère insouciante et profondément nostalgique de ce temps révolu. Puis, tout-à-tour photographe-paparazzi et reporter de guerre, il nous engage directement dans les évênements rapportés. Balladé entre guerre et paix, sur différents continents, Depardon retranscrit son dévouement au reportage et emmène le spectateur à sa suite dans ses « voyages ». De ses portraits et leur force, de ses instantanées et leur impact, j'ai retenu le contraste entre ses représentations du Nord opposées à celles du Sud, son enfance et, enfin, j'ai cherché à comprendre pourquoi cette autobiographie m'a tellement bouculée.

Outre ses débuts professionnels en tant que pigiste avec des photographies de soirées mondaines et de cérémonies officielles, ce qui m'a le plus frappé, ce sont ses voyages : de l'Inde à l'Amérique du Sud en passant par le Maghrib et le Moyen-Orient ; des images chocs, bien sûr ; chroniques de la tristesse, la rancoeur, l'impuissance, l'amertume et la tension ; sentiments que j'ai fini par éprouver moi-même. Des cartes postales d'un monde qui s'effondre. Puis, Depardon revient en France, en revient aux mondanités. Brusque retour des choses. Ainsi, on est malmené de la façon dont Raymond Depardon l'a aussi été dans ses années de reportage.

Une autre partie de sa vie singulièrement touchante est son enfance, qu'il traite avec douceur et force nostalgie. Les films et portraits me racontent la ferme, les cousins qui viennent en vacances, la fête des conscrits, la fierté et la tristesse des parents (qu'il n'ait pas repris le métier). Et cette conviction profonde, instinctive que la photo, c'est toute son existence. Et on le comprend, on ressent sa vie d'alors et son envie. Depardon nous offre des moments drôles et tendres mais emplis d'amertume, celle du gamin monté à Paris, décroché de sa terre par la force de sa curiosité. Ses photos, ses films, instants volés à l'émotion intacte, m'ont emprtée dans la foule de ses souvenirs.

Enfin, le Noir et Blanc, la profondeur des regards et la distance des sujets : rapprochée pour nous laisser imaginer la vérité de l'instant mais éloignée à cause du regard de reporter. Toute sa réalisation nous impose son désir de retranscrir le réel. La manière dont il a réalisé le reportage-même des Années Déclic nous installe sans barrière face à lui. Et il commente ces morceaux de vie. A la première apparence, un peu froide et sèche ; due à l'absence de couleurs (niveaux de gris) et à la proximité du personnage, cette atmosphère m'est apparue comme complètement intimiste et sensible. A l'instar de l'artiste.

Le photographe, sa vie, son oeuvre ; tiraillé entre dure réalité et confort occidental. Aujourd'hui, un autre reporter marche sur ses traces, travaille un peu à sa façon. Titouan Lamazou, artiste sans frontières, marin au long cours, nous rapporte de ses vagabondages autour du monde des portraits percutants ( photographies, films mais surtout peintures à la gouache) qui racontent des histoires de femmes et la vérité sans condition sur la situation politique et sociale du pays...